A Cuers Vaillants

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Forum de La Compagnie A Cuers Vaillants, association, loi 1901, de reconstitution médiévale.


    Fabliaux pour le plaisir

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    Fabliaux pour le plaisir

    Message  Admin le Jeu 17 Fév - 1:21

    Quelques exemples de fabliaux prit ça et là...

    Le Rêve d'une Demoiselle

    Une demoiselle songeait
    qu'un bel écuyer l'aimait :
    vêtu d'une cotte de drap bleu
    il était venu on ne sait d'où,
    et couchait avec elle.
    Pendant qu'elle rêvait cela
    le voilà qui entre dans la maison
    sans être entendu de personne.
    Il chercha jusqu'à ce qu'il trouve le lit.
    Son vit était gros et fort
    et le ribaud était très fougueux.
    Il joint les pieds, puis saute d'un bond
    dans le lit où celle-là dort.
    Le vagabond bandait —
    il la prend donc, la courbe et la renverse,
    tandis qu'elle dort toujours et ronfle.
    Trois fois il la baisa pendant qu'elle dormait,
    sans qu'elle bouge peu ou prou ;
    mais après la quatrième fois elle se réveille.
    Or écoutez une chose merveilleuse :
    elle ouvre les yeux, elle l'aperçoit
    poings en avant, elle le saisit.
    « Arrêtez-vous, fait-elle, vous êtes pris :
    devant l'évêque de Paris,
    il vous faudra rendre justice !
    Qui est-ce qui vous a fait ruiner l'enclos
    sans permission, pendant que je dormais ?
    Que Dieu ne me permette plus de voir
    ni mon père ni ma mère !
    Vous êtes un homme de mauvaises mœurs,
    car vous m'avez dépucelée :
    jamais je ne serai mariée !
    Mais pour en venir à un accommodement : recommencez
    à présent ce que vous me faisiez pendant que je dormais,
    car je ne sais pas, par ma foi,
    comment vous appliquez les coups royaux
    là où le mal tient les dames :
    j'ai dormi, je ne m'en souviens pas.
    Agissez vite : je vous donnerai,
    — faites de toile blanche —
    chemise et culotte, sans tarder.
    Que Dieu déshonore celui
    qui ne prend pas son profit quand il peut !
    Au travail, il le faut ! »
    Après avoir commencé l'affaire à la turque,
    elle l'attire bien en avant et le guide,
    car elle ne veut pas qu'il lui échappe ;
    et lui, il fonce et lui donne des coups.
    Mais la jeune fille se tient bien :
    « Ce n'est rien du tout ! Il ne vous craint pas !
    Il n'aura pas peur de cette piqûre,
    même si vous étiez moitié
    plus fougueux que vous ne l'êtes :
    car vous êtes bien échevelé
    et moi, par contre, je suis assez blonde !
    Qui est-ce qui vous a fait passer le bord du lit
    quand je dormais dans mon lit ?
    Croyiez-vous à l'aide de votre grand vit
    m'avoir si malmenée ?
    Je suis encore saine et bien-portante —
    plus que vous, à mon avis.
    Si je ne me défends pas de vous
    c'est parce que je suis pire qu'une ribaude :
    voilà pourquoi vous aurez bientôt une attaque chaude !
    Or, faites-vite, allez en-dessous,
    car je voudrais aller encore une fois dessus :
    à mon avis ce n'est pas une honte
    que la femme monte quand l'homme déçoit. »
    Ainsi son songe tourna bien.
    Que le mien me fasse la même chose !
    Et je souhaite aux dames ici présentes
    que le premier qu'elles feront
    soit tout à fait pareil :
    il leur conviendrait parfaitement !


    LE CURE QUI MANGEA DES MURES.

    L’auteur de ce fabliau, composé au XIII° siècle, est anonyme.
    « Un curé voulait se rendre au marché. Il fit préparer sa mule et se mit en chemin. L’automne s’éternisait, il faisait beau, un délicieux parfum flottait dans la douceur de l’air et le curé sur sa bête parcourait les pages de son bréviaire en levant de temps à autre son regard sur la paisible campagne. Il s’approchait du village, quand il remarqua, surgissant du côté de la route, un étroit chemin, avec par delà le fossé une haie chargée de mûres brillantes.
    « Sainte Vierge, s’exclama l’homme, jamais je n’ai vu de tells fruits ! »
    Il s’engage sur le chemin, juge de la profondeur du fossé, réfléchit un moment, mais il se décide : il avance sa mule et atteint le buisson. Il cueille avec gourmandise les mûres fondantes. Elles sont délicieuses, sucrées et aigres à la fois. Il se pique la main mais, tout à son péché, il remarque à peine la brûlure des épines. Il ne veut pas laisser perdre pareil trésor.
    Cependant, les fruits les plus gros couvrent le sommet de la haie. Ils luisent à la lumière brillante du soleil. Pour s’en saisir, le curé se dresse en équilibre sur la mule ; il se campe bien sur ses deux jambes, et il savoure les mûres offertes. La mule est patiente, elle n’esquisse pas le moindre mouvement.
    Satisfait et comblé, le curé contemple sa compagne. Il admire son air tranquille et ne peut s’empêcher de songer :
    « La brave bête que voici ! S’il arrivait qu’un farceur se mette à crier « Hue », je chuterai de tout mon long dans le fossé ! »
    Le maladroit ! Il avait songé à voix haute et avait dit « Hue ». La mule s’écarte du buisson, le curé perd l’équilibre et tombe à la renverse. Sa cheville s’est tordue et enfle, le fossé est glissant de terre humide, il ne parvient pas à se redresser pris dans les plis de sa soutane, il dérape. Il souffre, impossible de tenir sur ses jambes, il retombe. La mule l’observe, elle regagne la route. Elle a faim elle aussi. Au petit trot, elle regagne le presbytère sans plus attendre son infortuné maître.
    Quand ils la voient arriver, seule, les valets sont pris d’inquiétude :
    « Notre curé a eu un malheur, disent-ils. Partons à sa recherche, sans doute est-il en bien mauvaise posture ».
    Ils se mettent en route aussi vite qu’ils peuvent et arrivent près du chemin. Le chapelain entend leurs pas précipités, il s’écrie :
    « Holà ! Je suis dans ici, dans le fossé. J’ai des épines partout, portez moi aide !
    - Mais que faîtes vous en pareil lieu, monsieur le curé ? Tenez vous bien….Par quelle infortune êtes vous parvenu en cet endroit si misérable ? La route est loin d’ici.
    - Ah ! Le péché, le péché. J’avais beau me consacrer à la lecture de mon bréviaire, les mûres m’ont tenté. Je suis monté debout sur la selle ! Aidez moi à rentrer je vous en prie. Je suis épuisé de douleur.
    Il ne faut jamais penser tout haut, Messeigneurs. »
    Ce fabliau aborde le thème du péché et de la tentation. A l’époque du Moyen Age, la gourmandise est l’un des sept vices que l’Eglise condamne avec la dernière des fermetés. Les Chrétiens imaginent encourir les tourments de l’enfer lorsqu’à l’approche de la mort, ils confessent s’être empiffrés plus que de raison.
    Néanmoins, la mésaventure du curé rassure le public : l’histoire montre que les prêtres eux-mêmes peuvent succomber au plaisir coupable de fruits sucrés et ne sont finalement pas des modèles de vertu catholique. Comme toute autre personne, ils doivent lutter contre les tentations de l’existence quotidienne et peuvent oublier à l’occasion les enseignements moraux qu’ils dispensent à leurs paroissiens.
    La moquerie de l’auteur déplait certes aux autorités religieuses mais elle s’appuie sur un fond de vérité. Au cœur du XIII° siècle, les attitudes de certains évêques ou moines ne correspondent guère aux principes spirituels du Christianisme. L’image de l’abbé ventripotent, amateur des bonnes tables parsème les récits populaires de l’époque ou les tympans sculptés des églises.
    Il faut enfin songer au troubadour, contant sur la place du village à un public hilare ce fabliau comique. L’intérêt de l’anecdote réside dans les gesticulations grotesques du curé embourbé dans le fossé. Nul doute que l’artiste ne se prive pas de reproduire, avec tout le ridicule nécessaire, les efforts désespérés du malheureux prêtre pour se tirer de la situation dans laquelle sa gourmandise l’a fourvoyé. Une façon redoutable et efficace de se moquer de l’Eglise.
    Si les paysans rient de bon cœur aux mimiques et facéties grossières du ménestrel, le curé ne participe sans doute que tièdement à l’amusement de ses paroissiens….Et pour cause !


    La vieille qui oint la paume au chevalier

    Je voudrais vous conter l'histoire d'une vieille pour vous réjouir. Elle avait deux vaches, ai-je lu. Un jour, ces vaches s'échappèrent; le prévôt, les ayant trouvées, les fait mener dans sa maison.
    Quand la bonne femme l'apprend, elle s'en va sans plus attendre pour le prier de les lui rendre. Mais ses prières restent vaines, car le prévôt félon se moque de ce qu'elle peut raconter.

    Par ma foi, dit-il, belle vieille, payez-moi d'abord votre écot de beaux deniers moisis en pot.

    La bonne femme s'en retourne, triste et marrie, la tête basse.
    Rencontrant Hersant sa voisine, elle lui confie ses ennuis. Hersant lui nomme un chevalier: il faut qu'elle aille le trouver, qu'elle lui parle poliment, qu'elle soit raisonnable et sage; si elle lui graisse la paume, elle sera quitte et pourra ravoir ses vaches sans amende.
    La vieille n'entend pas malice; elle prend un morceau de lard, va tout droit chez le chevalier. Il était devant sa maison et tenait les mains sur ses reins. La vieille arrive par derrière, de son lard lui frotte la paume.
    Quand il sent sa paume graissée, il jette les yeux sur la femme:
    Bonne vieille, que fais-tu là ? - Pour Dieu, sire, pardonnez-moi. On m'a dit d'aller vous trouver afin de vous graisser la paume: ainsi je pourrais être quitte et récupérer mes deux vaches. - Celle qui t'a dit de le faire entendait la chose autrement; cependant tu n'y perdras rien. Je te ferai rendre tes vaches et tu auras l'herbe d'un pré.

    L'histoire que j'ai raconté vise les riches haut placés qui sont menteurs et déloyaux. Tout ce qu'ils savent, ce qu'ils disent, ils le vendent au plus offrant. Ils se moquent de la justice; rapiner est leur seul souci. Au pauvre on fait droit mais s'il donne.


    La farce du maçon

    Bonjour, je m’appelle Bruno, j’ai trente ans, je suis fils d’un Hollandais agriculteur et d’une bourgeoise française. Bien que je vive toujours avec mes parents, je dois aussi payer ma part pour la maison. Je suis couvreur spécialisé en pose de toiture. Je vais vous raconter l’histoire que j’ai vécue au début de ma carrière. Tout commença le 27 avril 2002, à Franconville. Ce jour-là, je fis la rencontre de mon nouveau patron, Monsieur Broteau. Nous débutâmes la journée par une visite d’un chantier et le reste de la journée se déroula merveilleusement bien avec d’autres employés. Je m étais mis au travail avec ardeur. Au bout d’un certain temps, Broteau remarqua que je travaillais très bien et me dit alors :
    — J’ai une proposition à te faire. J’aimerais que tu refasses le toit de ma maison et je te paierai un bon prix. Qu’en dis-tu ?
    — bien sûr que cela m’intéresse ! J’ai besoin d’argent et je le ferai avec plaisir. Comme je vous le disais, ma famille était heureuse de constater que mon patron me confiait une tâche importante. Nous avons même fêté ça ! Dès le lendemain, je me mis au travail et à la fin du mois j’avais refait à neuf le toit de sa maison. Je suis allé voir Broteau pour qu’il me paie mon salaire :
    — J’ai travaillé dur et nous sommes à la fin du mois, vous devez me payer.
    — A bon ? Je t’ai dit cela ? Je ne m’en souviens pas... en tout cas, je n’ai pas d’argent sur moi et je ne pourrai pas te payer avant la fin du mois prochain car je pars en vacances.
    — Vous m’aviez pourtant promis de me donner mon argent à la fin de ce mois, j’en ai vraiment besoin !
    — Et moi aussi ! J’en ai besoin pour mes vacances ! Je m’en allai très en colère contre ce Broteau et décidai de lui rendre la monnaie de sa pièce en lui faisant une surprise qu’il ne serait pas près d’oublier : j’eus l’idée d’enlever toutes les tuiles de sa maison pendant son absence. Monsieur Broteau revint deux semaines plus tard, bronzé, tout fier de ses belles vacances. Et quand il arriva devant chez lui, il s’aperçut qu’il n’y avait plus de toit ! Sur la porte de sa maison, il y avait un petit mot accroché de ma part : « Cher Monsieur Broteau, J’espère que vous vous êtes bien reposé car c’est maintenant qu’il faudra travailler et vite car la météo annonce de forte pluie cette semaine ! J’ai enlevé les jolies tuiles de votre toit car comme le dit la morale « tout travail mérite salaire ». Je me mets à votre disposition pour refaire votre toiture rapidement, mais il faudra me payer d’avance et double car j’aurai fait deux fois le travail. » Comme je m’y attendais, Monsieur Broteau m’a appelé très mécontent pour me dire qu’il ne voulait plus de moi dans sa société. J’ai été très soulagé de ne pas à travailler avec cet homme, et dans les autres emplois que j’ai trouvés ensuite, j’ai toujours mis beaucoup de temps avant d’avoir confiance car j’ai appris par cette aventure que tous les gens que l’on rencontre ne sont pas bien honnêtes.

      La date/heure actuelle est Lun 21 Aoû - 20:39